Prix littéraire
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6ème édition "Prix Paris Diderot - Esprits libres"

Mis en place en 2014 dans le cadre d’un partenariat entre la Fondation Paris Diderot et le service pénitentiaire d’insertion et de probation de Seine-et-Marne sur le Centre pénitentiaire du Sud Francilien de Réau, le Prix "Esprits libres - Paris Diderot" connaîtra en 2019 sa 6ème édition.

Plusieurs originalités caractérisent ce prix littéraire unique en son genre :

  • son jury, qui comprend une dizaine de personnes, est composé à parité de femmes et d’hommes détenu.e.s ;
  • le prix mobilise durant plusieurs mois les jurés qui, entre février et juin, sont amenés à lire de près six ouvrages des rentrées littéraires de septembre et de janvier, puis à débattre collectivement de leur lecture lors des séances de travail animées par les deux enseignants ;
  • enfin, ce processus mené dans la durée aboutit à une authentique rencontre avec l’écrivain.e lauréat.e au moment de la remise du prix en septembre.

Le prix "Esprits libres – Paris Diderot" bénéficie, en outre, du soutien de la médiathèque départementale de Seine-et-Marne. En effet, les ouvrages sont fournis par la MD 77 qui participe à la sélection des livres et aux séances d’échanges, aux côtés des enseignants.Tous les lauréats l’ont dit aux membres du jury en recevant le prix : cette distinction a pour eux une valeur particulière, non seulement en raison du contexte de la détention, mais aussi parce qu’ils ont pris la mesure que le choix effectué par les jurés résultait d’un authentique travail, où chacun s’engageait dans sa lecture.
 
Du fait d’être partagée et de donner lieu à des échanges, la lecture dans le cadre du prix produit un "effet de communauté" et cette communauté constitue une sorte d’état d’exception à l’intérieur de la prison :

- d’une part parce que l’activité réunit des femmes et des hommes, ce qui restaure une forme de sociabilité qui est normalement exclue par les conditions de la détention ;
- d’autre part, parce que ces échanges permettent un dialogue avec autrui qui n’est pas fréquent en prison : "Les verrous s’ouvrent entre le CDF (femmes) et le CDH (hommes), écrit Christine, ce qui nous permet de nous sentir dans un monde mixte normal".
Les réunions font sauter d’une certaine façon les verrous car tout en lisant le même livre on découvre que chacun lit et comprend différemment. Autre déclaration d’un membre du jury qui va dans le même sens, ces mots de Kamel : "Dans ce lieu clos et extrêmement perturbant en tout point, cette activité me libère l’esprit de façon surprenante. Quant au partage lors des séances de lecture collectives, ce que cela m’apporte est totalement bénéfique en termes d’écoute d’autrui et de partage sur la vision du roman de chacun. En bref, très constructif."
Il est frappant de constater que les participants au prix ne parlent pas de la littérature en termes de diversion. La littérature ne sert pas à tromper son ennui, ou du moins pas seulement. Si elle permet bien une forme d’évasion, elle a aussi, souvent, valeur de choc, de découverte active dans un processus de subjectivation. Ainsi, ces propos d’un membre du jury : "J’ai trouvé grâce à la lecture une partie de moi que je ne connaissais pas et qui ne demandait qu’à s’éveiller au grand jour."

Les lauréats des cinq premières éditions du prix (2014-1018) ont été : 

  • Maylis de Kerangal, Réparer les vivants
  • Adrien Bosc, Constellation
  • Isabelle Autissier,  Soudain, seuls
  • Frédéric Gros, Possédées
  • Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy  

Régis Salado et Carine Trevisan enseignants à l'université Paris Diderot.

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Photo © Severiano Rojo Hernandez